5 février 1843

« 5 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 115-116], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4058, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour mon Toto bien-aimé. Bonjour mon cher adoré. Sois béni, sois heureux, je t’aime.
J’étais souffrante hier, je le suis encore ce matin, mais je ne suis plus méchante. Tu le verras quand tu viendras. Tâche que ce soit bientôt car tu sais que dans cette saison, et par les ennuis et par les giboulées qui passent dans le cœur d’une pauvre Juju et dans le ciel du bon Dieu, le temps et l’humeur ne sont pas longtemps au beau.
Sans doute on n’aura pasa eu de répétition aujourd’hui dimanche ? Si cela était, tu aurais un peu plus de temps à toi et j’en pourrais profiter par la même occasion. Il ne faut pas tout donner aux uns et rien à Juju. Il ne faut [pas] que je m’appesantisse longtemps sur ce partage inégal parce qu’à l’instant même je sais que mon pauvre cœur tourne à la tristesse et au découragement.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Pensez à moi, soyez-moi bien fidèle et aimez-moi si vous pouvez. N’oubliez pas non plus de faire ma commission auprès de Didine car plus vous attendrez et moins vous pourrez y penser1.
J’attends Mme Pierceau tantôt mais je t’assure que c’est peine inutile de compter sur M. Démousseau. Si cela dépendait d’elle, la pauvre femme, il y a longtemps que nous serions renseignés. Mais elle n’y peut rien et rien ne me désoblige plus que d’insister pour qu’on me rende un service quelconque. En fait, nous saurons peut-être ce que nous voulons par cette infâme sorcière mais j’en doute. Et puis je t’aime et je voudrais être assise à l’ombre de la plus épaisse forêt avec toi-même de ce temps-ci2.

Juliette


Notes

1 La veille, Juliette réclame un petit souvenir (« brimborion ») du mariage de Léopoldine.

2 Allusion au vers de Phèdre, I, 1 : « Dieux ! Que ne suis-je assise à l’ombre des forêts ! »

Notes manuscriptologiques

a « on aura pas ».


« 5 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 117-118], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4058, page consultée le 03 mai 2026.

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Je ne veux pas faire ma lettre aussi courte que celle d’hier, mon cher adoré, quoiqu’en vérité le mot : je t’aime tienne très peu de place, et que tout ce que j’ai à te dire après ce mot ne vaut guère la peine d’être écrit, pas même d’être chanté. Mais enfin si ce n’est pas pour t’amuser ce que j’en fais, c’est pour mon plaisir particulier. Jaboter avec toi et gribouiller du papier sous ce prétexte, c’est ce qui peut me faire trouver le temps moins long. Toutes mes femelles sont parties depuis une heure mais j’avais mes comptes à régler avec ma servarde et ma maison à ranger, c’est ce qui est cause que je ne t’ai pas écrit plus tôt.
Que dis-tu de cette cacophonie de caisse, de créanciers et de filous ? Il nous sera très difficile d’arriver à la vérité parce qu’il y a là-dedans des gens qu’il ne faut pas éveiller puisqu’ils paraissent dormir et que de toute façon nous n’avons rien à gagner ni d’une façon ni de l’autre : il va sans dire que je ferai ce que tu voudras comme tu voudras et quand tu voudras pour cette affaire comme pour tout ce qui dépend de moi. Mais mon avis serait de laisser tout tranquille et de finir l’affaire Ribot puisque tu es décidé à ce sacrifice1.
Je t’aime mon cher adoré. Voilà ce que j’ai à te dire avant toute chose au monde. Je te désire et je t’attends. Ne tarde pas longtemps.

Juliette


Notes

1 Victor va rembourser les 4000 F. de dettes de Juliette à Mme Ribot.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.